« En Christ, Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui. » (Ephésiens 1,4)
Le dessein d’élection de Dieu a pour objet d’enrôler des hommes saints et irréprochables pour qu’ils collaborent à l’instauration d’un ordre nouveau qui célébrera sa gloire aussi bien sur terre que dans les cieux (Colossiens 1,20). Et comme Dieu est amour son élection est une expression divine de son amour parfait. Bien que tous les hommes aient péché et soient, par essence, privés de la vie éternelle, Dieu adresse son appel à tous. Et pour ne faire acception de personne, tout en respectant le libre arbitre de l’homme, il ne nous choisit pas selon nos oeuvres mais en fonction de notre foi en son appel (Romains 9,11).
Mais nous savons aussi que lorsque Dieu interpella Adam qui n’avait encore fait ni bien ni mal, Satan l’interpella à son tour. L’homme fut alors placé devant ce dilemme : recevoir la parole et l’Esprit de Dieu ou la parole et l’esprit de Satan. L’inexpérience aidant, il fit le choix malheureux qui le sépara de Dieu et l’entraîna avec sa descendance dans les ténèbres spirituelles : le péché ou la première mort. Afin de suppléer aux conséquences malheureuses que ce choix avait pour toute l’humanité, Dieu prédisposa dans son amour d’un moyen de salut. Un « second Adam » viendra remédier à la situation dans laquelle le « premier Adam » plongea l’univers.
C’est ce salut que les prophètes de l’ancien Testament appelaient de leurs voeux et qui faisait l’objet de leurs recherches et de leurs méditations assidues (1 Pierre 1,10-11). Mais comme leur rôle se limitait à préparer l’humanité à espérer en ce salut merveilleux, ils ne pouvaient en jouir eux-mêmes. Ce n’est qu’au moment fixé par Dieu lui-même que ce salut devînt possible lorsque Jésus-Christ vint dans ce monde.
« Et la Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père » (Jean 1,14).
Tout en délivrant beaucoup de malades de leurs maux, Jésus-Christ commençait par annoncer la proximité du royaume des cieux en invitant les uns et les autres à le suivre. Comme il n’était pas venu pour juger les hommes mais pour les guérir du péché, il s’adressait tout particulièrement à ceux que la peur de la mort tenait, leur vie durant, dans un véritable esclavage (Hébreux 2,15). Ceux qui l’écoutaient se trouvaient alors dans une situation semblable à celle d’Adam : eux aussi avaient le choix entre la vie et la mort. Soit qu’ils restèrent des esclaves du péché, soit qu’ils quittèrent les ténèbres du péché pour une vie nouvelle comme disciples de Christ.
La situation n’a pas changée de nos jours, nous devons tous nous décider de la même façon que les premiers disciples. Dès que nous sommes placés face à l’Évangile de Christ (et non à un autre évangile) nous devons choisir selon notre libre arbitre. Nous pouvons refuser la main tendue et continuer à vivre dans le péché et mettre notre espérance dans les richesses incertaines, mais nous pouvons aussi mettre notre confiance en Jésus-Christ et devenir ses disciples pour être affranchis de la puissance du péché (Jean 8,36).
Entendre l’appel de Dieu est une chose, répondre à son appel une toute autre chose. Comme la réponse à donner est du ressort de celui qui entend l’appel, nous ne pouvons plus nous prévaloir de cette excuse : « Ah ! Si j’avais été à la place d’Adam… ». Si nous ne répondons pas à l’appel que Dieu nous adresse en Jésus-Christ, nous démontrons que nous sommes de plus grands pécheurs qu’Adam.
Il y a dans la méthode d’élection de Dieu une disposition sage qui réduit les échecs et les revers parmi les élus. C’est la précaution que Jésus prend de ne s’adresser qu’à ceux qui sont fatigués et dégoûtés du péché ; ceux notamment qui trouvent injuste qu’ils soient nés dans le péché. Ce sont ces hommes et ces femmes qui ont des oreilles pour entendre et que Jésus invite :
« Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés (qui ployez sous le fardeau), et je vous donnerai du repos » (Matthieu 11,28).
Le repos que Jésus-Christ donne est un «don de la grâce». Ce don comprend aussi bien le pardon des péchés que nous avons commis, reconnus et confessés que l’affranchissement de la puissance du péché au moyen du baptême de régénération et de la rénovation en l’Esprit Saint (Tite 3,5). Il en résulte une transformation complète de notre être - une nouvelle naissance - qui n’a rien en commun avec les efforts que des personnes religieuses peuvent s’infliger pour se conformer à des enseignements et commandements spécifiques, censés leur attirer «la faveur des dieux».
Que l’homme puisse naître de nouveau et devenir «saint et irrépréhensible» était pour Nicodème et les sages en Israël aussi énigmatique qu’est pour nous ce que Paul appelle «la gloire de son héritage» (Ephésiens 1,18). Les justes de l’ancienne Alliance ne percevaient ce «don de la grâce» que de loin. Bien que l’Esprit Saint leur dépeignait les bénédictions spirituelles qui découleraient de ce «don de la grâce», leur compréhension restait vague et fortement embrouillée (1 Pierre 1,10-12). Ils étaient comme Moïse qui observait le pays de Canaan depuis le sommet du Pisga sans pouvoir y entrer lui-même (Deutéronome 34,1). Même Jean-Baptiste ne comprenait pas le ministère de «l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde» (Jean 1,29). Ne parlons pas des disciples qui, tout en étant avec Jésus pendant trois ans, ne réalisèrent ce qu’est «la grâce en Jésus-Christ» qu’après avoir reçu l’Esprit Saint (Luc 24,19-21).
Comme les anciens restaient, en tant qu’enfants d’Adam, des esclaves de la loi du péché, ils ne pouvaient tranquilliser leur conscience qu’en présentant continuellement des offrandes et des sacrifices pour leurs péchés. C’est ce culte de l’ancien Testament que la plupart des églises chrétiennes de nos jours perpétuent encore religieusement. Mais ni les cultes ni les bonnes oeuvres que les croyants peuvent pratiquer plus ou moins régulièrement, sont en mesure de leur éviter d’être sans cesse rappelés que
« Les dons et les sacrifices présentés ne peuvent rendre parfait sous le rapport de la conscience » (Hébreux 9,9) ; « ni ôter le souvenir des péchés » (Hébreux 10,17).
Pour que le souvenir de nos péchés soit effacé et notre conscience parfaitement en paix avec Dieu, nous devons passer des ténèbres à la lumière et renaître d’eau et d’Esprit. Mais pour que nous puissions être «bénis de toute bénédiction spirituelle» et devenir «saints et irrépréhensibles», nous devons nous dépouiller notre «image terrestre» et revêtir l’«image céleste» de Christ. C’est un cheminement inverse à celui de Christ. Lui, pour devenir semblable à nous, devait renoncer à son «image céleste» et revêtir notre «image terrestre». Ce n’est qu’ainsi qu’il pouvait, après être venu dans la chair, pleine de grâce et de vérité, manifester l’amour, la justice, la paix, la joie, la miséricorde etc.
La foi en Jésus-Christ contient une puissance énorme. Pour s’en convaincre, il suffît de se souvenir de cette femme qui, atteinte d’une perte de sang depuis douze ans, ne toucha que le bord du vêtement de Jésus pour être entièrement guérie (Matthieu 9,20-22). Il en est de même de la Rédemption en Jésus-Christ. Sa divine puissance change en nous non seulement «les pensés s’accusant ou se défendant tour à tour» (Romains 2,15) en pensées d’espérance et de paix, mais elle nous accorde aussi de participer à la nature divine et de porter son image céleste.
Si Dieu a choisi de nous justifier par la foi ce n’est pas pour nous harceler, mais pour nous accorder une vie de justice, de paix et de joie. La grâce de Dieu est une aide divine, non pas pour couvrir nos péchés, mais pour nous en débarrasser et nous procurer cette vie véritable dont Jésus-Christ était le reflet sur terre. Dieu déverse ses bénédictions célestes sur nous qui autrefois n’étions pas un peuple et qui maintenant sommes son peuple : une race élue, royale et sainte (1 Pierre 2,10). Loin de verser dans la tristesse et la morosité de notre monde incrédule, nous partageons le bonheur de vivre avec Jésus-Christ qui a été « oint d’une huile de joie au-dessus de ses frères » (Hébreux 1,9). Une conduite irrépréhensible procure la communion avec le Fils, qui est irréprochable, et la fidélité dans le corps de Christ procure la communion avec le Père, qui est saint.
Il est vrai que les non chrétiens s’interrogent souvent quant à notre représentativité chrétienne dans un monde ouvert à tout vent de doctrine. Trop souvent ils voient chez les chrétiens tout le contraire du bonheur de vivre. De là à s’imaginer que les disciples de Christ sont privés des joies et plaisirs de la vie, il n’y a qu’un pas. Mais loin de là ! Ces anti-chrétiens ignorent simplement que « les plaisirs d’Adam » qu’ils recherchent les privent de la joie véritable, celle que procure justement le salut en Christ.
Il est patent que ceux qui se plaisent dans le péché ne sont guère attirés par l’amour de Dieu. Il est d’autant plus aisé à comprendre que ceux qui soient fatigués et las du péché répondent plus facilement à son appel. Et comme élus ils s’appliqueront à affermir leur vocation de ne plus redevenir des esclaves de Satan bien plus sérieusement que ceux qui ont été plus ou moins contraints à devenir chrétiens.
Sainteté et fidélité sont des domaines subjectifs. Trop nombreuses sont les églises qui ont essayé de les dogmatiser et codifier pour se présenter comme «la vraie Eglise». Toutes ont lamentablement échoué et fini dans les oeuvres de la chair que sont les disputes, les divisions, les jalousies, les haines et les guerres (Galates 5,19). Plus nous réfléchissons là-dessus, plus la difficulté devient grande à nos yeux (Psaumes 73,16). Que faire ? Faut-il laisser faire tout un chacun au point de transformer les assemblées en cavernes de voleurs (Matthieu 21,13) ? Qu’a fait Jésus ? Il annonçait simplement l’Evangile à ceux qui l’écoutaient, sans repousser personne. Pourtant il y avait de nombreux disciples qui lui faussèrent route (Jean 6,66), sans compter Judas, un des douze, qui finit par le livrer aux puissances religieuses. En quittant la vie terrestre, il se retrouva seul, abandonné de tous, et se remettait simplement à Dieu et à l’action de l’Esprit Saint pour conduire les élus de l’Eglise naissante dans toute la vérité (Jean 16,13).
Le royaume de Dieu est vivant, dynamique. Il ne se développe pas de manière à frapper le regard des incrédules. Ils n’enferment pas non plus les croyants dans des préceptes humains, car il se trouve en eux, caché en leur intérieur (Luc 17,21). Ce n’est que le jour où Jésus-Christ dira aux élus saints et fidèles « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père », que le royaume des cieux se manifestera dans toute sa gloire aussi bien aux croyants qu’aux incrédules.
Kurt WOERLEN
juil 09



octobre 11th, 2008 at 14:51
Merci Mon frère pour cette meditation qui edifie ma foi.
Que Dieu te benisse