« Je dis la vérité dans le Christ, je ne mens point –ma conscience m’en rend témoignage par le Saint-Esprit–, j’éprouve une grande tristesse et une douleur incessante en mon coeur. Car je souhaiterais d’être moi-même anathème, séparé du Christ, pour mes frères, ceux de ma race selon la chair, eux qui sont Israélites, à qui appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses et aussi les patriarches, et de qui le Christ est issu selon la chair, lequel est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement ! Amen » (Romains 9,1-5).
Comme la dispensation du royaume de Dieu n’obéit pas aux pensées humaines et ne dépend ni des lois naturelles ni de la pratique de la loi, mais se réalise en vertu des résolutions de Dieu et de sa parole, l’apôtre Paul éprouvait une profonde tristesse et une douleur constante parce que son peuple s’était endurci jusqu’à rejeter Christ manifesté dans la chair. En refusant avec fierté la révélation sur le péché et la violence des hommes, Israël se confinait dans une obscurité spirituelle qui provoquera sa chute et sa dispersion parmi les nations.
En rejetant Christ, Israël a légué son hostile incrédulité à ses descendants selon la chair. Depuis, une incapacité de croire au Fils de Dieu lui est innée comme le péché originel. Pour cette raison il ne peut légitimement servir Dieu tant que Christ ne le relève de sa chute par une nouvelle naissance. L’accès au royaume de Dieu, dont Israël pensait être l’unique prétendant, lui est fermé aussi longtemps que dure son endurcissement. Ce qui fait que la véritable bénédiction d’Abraham –le salut en Christ– est devenu accessible aux païens et à toutes les familles de la terre.
Comme c’est avec les descendants de Sem que Dieu a conclu plusieurs alliances (c’est à eux qu’il a fait connaître ses commandements, leur a donné le culte et les promesses), ils se convertiront aussi –lors du rétablissement d’Israël–, de sorte que « les derniers seront les premiers ». Car Dieu n’a jamais failli à sa parole. La mise en parenthèse d’Israël n’est donc qu’une mesure temporaire. La promesse faite à Abraham (Genèse 12,3) : « toutes les familles de la terre seront bénies en toi » s’accomplira tôt ou tard, car «Japhet doit habiter dans les tentes de Sem» (Genèse 9,27). C’est à cause de sa désobéissance et de son incrédulité à l’égard de Jésus-Christ qu’Israël doit, comme ses ancêtres dans le désert, cheminer vers sa vocation céleste par des voies détournées.
Selon l’élection de Dieu il y a toujours eu des rachetés parmi les autres nations. Israël, cependant, forme en quelque sorte le fondement qui porte l’édifice de Dieu. Les croyants des nations qui reçoivent Christ comme leur Sauveur et Maître sont édifiés sur ce fondement pour former, avec l’Israël régénéré, la maison de Dieu – la nouvelle Jérusalem.
« Non certes que la parole de Dieu ait failli. Car tous les descendants d’Israël ne sont pas Israël. De même que, pour être postérité d’Abraham, tous ne sont pas ses enfants ; mais c’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom, ce qui signifie : ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu, seul compte comme postérité les enfants de la promesse » (Romains 9,6-8).
L’élection est la conséquence de la grâce et des promesses de Dieu. Elle ne dépend aucunement des œuvres pieuses que l’homme pourrait faire. Mais il en est comme de la naissance d’Isaac (une allégorie de la nouvelle naissance), dont l’élection est le couronnement de la promesse faite à Abraham. Celui-ci avait deux fils : Ismaël et Isaac. Ismaël, le premier est né de façon naturelle, selon la chair ; Isaac, le second est né de façon surnaturelle, en vertu d’une promesse de Dieu. Bien qu’Ismaël fût le premier né, ce n’est pas lui qui fût choisi comme héritier de la promesse, mais Isaac, le fils de la promesse.
Cette inversion d’une coutume ancestrale montre que l’on ne devient pas héritier de la promesse de Dieu par le simple fait d’être un enfant d’Abraham et qu’il ne suffit pas d’être un Israélite, selon la chair, pour prétendre être de sa postérité. Seul l’enfant né selon la promesse est considéré par Dieu comme son descendant légitime.
Il en est ainsi dans la nouvelle Alliance en Jésus-Christ. Personne ne peut prétendre au statut d’enfant de Dieu par la voie du sang, la volonté de la chair ou la volonté humaine. C’est pourquoi Jésus répond à Nicodème (Jean 3,3) :
« En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le royaume de Dieu. »
Mais la pensée qu’une personne adulte, qui plus est âgée, puisse naître une nouvelle fois fait rire les sages de ce monde et perturbe des responsables religieux, tel que Nicodème, qui se demandent (Jean 3,4) :
«Comment un homme déjà vieux pourrait-il naître, étant vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ?»
Oui, la prédication de la foi (et de la croix) est une folie pour les sages. Ils ne peuvent ni comprendre ni croire qu’il faut d’abord renoncer à soi-même, à la violence humaine et aux oeuvres de la loi qui recouvrent le péché d’un voile de piété, avant de renaître comme enfant de Dieu –un enfant de paix– à travers la repentance et le baptême de foi.
« Voici en effet les termes de la promesse : ‘Vers cette époque je viendrai et Sara aura un fils’ » (Romains 9,9).
Abraham ne pouvait engendrer le fils de la promesse avant d’avoir conclu avec Dieu l’alliance de la circoncision et avoir persévéré dans cette alliance jusqu’à l’âge de 99 ans. Et Sara ne pouvait enfanter avant d’avoir reçu la parole de Dieu et avoir dépassée avec ses 90 ans l’âge naturel de concevoir. Enfanter à cet âge l’exposait bien entendu à l’opprobre. C’est pourquoi, son fils s’appela «Isaac», ce qui signifie : « on en rira », « on se moquera ». Le contexte n’a pas changé de nos jours. La vie nouvelle en Christ est toujours engendrée par la parole vivante et permanente de Dieu chez ceux qui croient en ses promesses (1 Pierre 1,23).
Certes, le monde religieux se moque de cette filiation divine et s’obstine à vouloir changer l’homme en lui imposant ses lois. Cela lui permet de perpétrer les traditions, nées de la violence, de mieux contrôler et asservir ses membres, et, avant tout, de récolter l’argent nécessaire à ses «serviteurs» dépensiers. Tout en étant différents, les partis religieux ont cependant en commun un penchant pour la domination, des activités humaines et « les œuvres de bienfaisance ».
Et comme Abraham pria Dieu : «Oh! qu’Ismaël vive devant ta face », de même les croyants implorent Dieu : « Oh ! que notre œuvre vive devant ta face ». Mais Dieu répond encore aujourd’hui comme jadis à Abraham (Genèse 21,12) : « Que cela ne déplaise pas à tes yeux, car c’est d’Isaac que sortira une postérité qui te sera propre ». Cet exemple illustre merveilleusement bien que l’élection et la promesse divine ne dépendent jamais de la volonté humaine qui est, par nature, violente.
« Mieux encore, Rébecca avait conçut d’un seul homme, Isaac notre père ; or, avant la naissance des enfants, quand ils n’avaient fait ni bien ni mal, pour que s’affirmât la liberté de l’élection divine, qui dépend de celui qui appelle et non des œuvres, il lui fut dit : ‘L’aîné sera le cadet’ » (Romains 9,10-12).
Isaac –le fils de la promesse– reçut des jumeaux en réponse à sa prière pour sa femme stérile. Mais avant même que les enfants soient nés, donc avant même qu’ils n’aient fait ni bien ni mal, Dieu révèle à la mère que l’aîné sera assujetti au plus jeune. Cela montre que Dieu connaît à l’avance la disposition du coeur, l’entendement et le caractère des enfants à naître. Il savait qu’Esaü sera un homme impie, méprisant et violent, et Jacob un homme paisible, réservé et craignant Dieu. Rébecca avait gardé cette révélation en son cœur pour s’en servir, plus tard, à sa manière. Ainsi, c’est par la foi en cette parole prophétique, qu’elle ruse pour pousser Jacob à ravir la bénédiction que le père aveugle a réservée à Esaü. Mais celui-ci, pour avoir vendu son droit d’aînesse avec une légèreté incroyable, perd non seulement l’héritage mais aussi la bénédiction paternelle. L’amour aveugle du père pour son fils Esaü ne change plus rien.
Bien que Isaac ne pense qu’au droit d’aînesse terrestre –l’héritage légal, Rébecca, elle, comprend que l’héritage et la bénédiction se rapportent à la dispensation que Dieu annonça à Abraham (Genèse 12,2) :
« Je ferai de toi un grand peuple, je te bénirai, je magnifierai ton nom ; sois une bénédiction ! »
En lisant le récit des bénédictions en Genèse 27,28-29 nous comprenons que ce n’est pas son amour maternel ni son flair qui pousse Rébecca à agir comme elle le fait ; c’est sa foi en la parole de Dieu. Elle sait que la réalisation de la promesse dépend du coeur et de l’entendement et non des oeuvres. Elle comprend que la violence conquérante et l’impiété d’Esaü déplaisent à Dieu mais que la douce abnégation et la piété de Jacob lui sont agréables. C’est pourquoi, en s’appuyant sur la parole de Dieu, elle dit à son fils (Genèse 27,8-10) :
«Maintenant, mon fils, écoute-moi et fais comme je t’ordonne… afin que ton père te bénisse avant de mourir. »
Pour recevoir cette bénédiction, Jacob s’habille des vêtements d’Esaü et couvre ses mains et son cou de peaux de chevreaux. Comme il craint que son assimilation à la personne de son frère premier-né risque, en cas de découverte, lui attirer la malédiction, Rébecca le rassure (Genèse 27,13) :
« Je prend sur moi ta malédiction, mon fils ! »
Cet épisode est une allégorie de la façon dont les croyants doivent s’approprier la personne de Christ pour recevoir la bénédiction divine. Dans la nouvelle Alliance rien ne se fait en dehors de Christ qui a été comme un malfaiteur condamné et crucifié par les impies. Ainsi, pour que Dieu puisse justifier et bénir le pécheur, celui-ci doit s’identifier à Christ comme Jacob s’est identifié à Esaü. Isaac avait un doute sur la personne parce que l’intérieur ne correspondait pas à l’extérieur : «La voix est la voix de Jacob, mais les mains sont les mains d’Esaü».
Mais pour s’identifier à Christ et avoir part à l’héritage céleste promis, tout doute doit disparaître ; il n’est plus possible de ruser. Car chacun doit renoncer à lui-même pour être baptisé dans la mort de Christ et pouvoir marcher en nouveauté de vie. Ce n’est qu’en devenant une même plante avec lui par la conformité à sa mort, que nous le serons aussi par la conformité à sa résurrection. C’est cette vie nouvelle que Jésus a vécue comme le premier-né d’entre plusieurs frères.
Se dire chrétien sans être né de nouveau est une double méprise. D’abord, parce que le croyant reste un enfant du premier Adam : pécheur, menteur et violent ; ensuite, parce qu’il donne à croire que Christ ne soit mort que pour le pardon des péchés et non pour faire naître « l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité » (Ephésiens 4,24). Mais une justice qui n’est pas le fruit des propres efforts orgueilleux de l’homme est contraire à son honneur, et se voir crucifié avec Christ dépasse son imagination.
Le croyant veut bien de Christ pour régner avec lui, mais nullement pour s’abaisser et souffrir avec lui. Il compte sur sa propre sagesse et justice pour vivre selon les ressources que lui procure ce monde. Ainsi, il s’exclut du salut en Christ qui affranchit du péché et de la puissance de Satan –prince de ce monde. ”
Dieu révèle sa grâce et vérité à ceux qui le cherchent d’un coeur humble et contrit. Certes, il peut aussi rendre le riche pauvre et abaisser celui qui s’élève pour montrer ensuite sa grâce et sa miséricorde. Mais comme l’homme préfère résister et s’endurcir plutôt que céder, Dieu choisit souvent les choses viles du monde et celles qu’on méprise, ce qui est faible, petit et insensé, afin de montrer en elles sa sagesse et la manière dont il confond et réduit à néant les grands et les sages de ce monde (1 Corinthiens 1,19-31).
Ah ! Si les hommes voulaient s’humilier, tous leurs problèmes seraient résolus ! Mais comme ils s’entêtent à résister et à combattre Dieu, ils ne s’attirent que déceptions et malheurs comme Esaü. Lui a lutté pour résister à Dieu, son frère a lutté pour obtenir la bénédiction de Dieu. Et chacun a récolté ce qu’il a semé… Car si Dieu est riche en miséricorde et se montre pur avec qui est pur, il est aussi sévère et traite le pervers selon sa perversité (Psaume 18,27). Et parce que Dieu est juste, il ne peut empêcher le pécheur de tomber dans la violence, et celui qui renonce à lui-même, à cause de Christ, de récolter la paix et la bénédiction.
(à suivre)
Kurt WOERLEN



avril 20th, 2006 at 21:37
merci pour ce message merveilleux,et merci pour l’attention qu’il a sucité dans mon coeur ,à chercher à comprendre les chemins de Dieu pour ma propre vie et je prie que ce message m’aide à m’approprier les grâces et les promeses quii me rendront à la resemblance de Christ au travers de ces souffrances .puisse le seigeur vous accorder sa béné diction frère woerlen